







Virgile est étrange, il ne peut le nier, lui qui négocie avec un strabisme, des obsessions et des difficultés à comprendre les relations sociales, néanmoins il a une amie proche, Palomée et, un jour, grâce à sa passion pour les guêpes, l’adolescent parvient à s’allier un de ses plus grands intimidateurs, lui promettant de débarrasser sa propriété des envahisseuses dès que le beau temps revient; seulement, voilà, Virgile propose à Palomée de l’accompagner lors de sa mission et la situation tourne mal, si mal que l’adolescent perdra sa seule alliée et ressentira le besoin inextricable de se venger…
Roman qui parle de différence, d’intimidation et des conséquences d’une agression sans toutefois que les scènes les plus violentes soient explicites, Le dompteur de guêpes se distingue par son écriture d’un seul souffle, Camille Bouchard n’utilisant que deux points, et ce, à la dernière page. Pour un public intermédiaire.
Un roman sans points ? Oh oui. Attention, Le dompteur de guêpes, c’est le genre de livre qui demande une attention constante, une vigilance aussi, l’effet du flux de conscience ressenti lors de la lecture pouvant démarrer notre propre dialogue intérieur. Il est difficile d’interrompre la lecture alors qu’il n’y a aucune respiration dans le texte, les répliques des divers personnages étant elles-mêmes intégrées dans ce rendu de Virgile et l’histoire se déroulant sous nos yeux sans arrêt même si l’intrigue s’étend sur une assez longue période.
Le choix stylistique a donc un impact majeur sur la réception de l’œuvre et Le dompteur de guêpes est attrayant déjà juste pour ça : cette expérience de lecture originale que l’auteur nous propose. Et l’histoire se tient bien, l’intrigue recelant de nombreuses surprises malgré une prémisse assez classique d’intimidé plus naïf, malhabile socialement, qui ne voit pas les signes (pourtant clairs) et ne comprend pas toujours ce qui se passe sous ses yeux alors que son intelligence flagrante s’exprime dans d’autres sphères (on sent aussi que Camille Bouchard a comme toujours fait ses devoirs et tout ce qui entoure les guêpes est vraiment intéressant et riche en apprentissages).
Bref, il y a du très bon. Toutefois, le choix de tout montrer à travers le flux des pensées de ce narrateur atypique fait en sorte que quelques éléments sont survolés (notamment les suites de l’agression) et que certains rebondissements plus choquants ont moins d’impact puisqu’ils disparaissent dans le flow du reste même s’ils marquent l’esprit de Virgile. Bref, c’est une lecture particulière, pour un public averti d’ailleurs vu les thématiques abordées, mais j’ai parfois l’impression que la forme a pris le pas sur le fond même si l’histoire reste solide.





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