







Ça s’est passé durant les vacances. Ce soir-là, Lucie a dit à ses parents et son petit frère qu’elle restait à la cascade avec son nouvel ami Mathieu et qu’elle les rejoindrait plus tard.
Elle n’est jamais revenue.
Le lendemain, les gendarmes ont constaté leur disparition, mais aussi celle d’un enfant de cinq ans alors que son père, lui, a été retrouvé mort dans la cascade. Pour Arthur, c’est l’incompréhension complète. Que s’est-il passé ? Où est sa sœur ? Et pendant que les policiers tergiversent – Lucie est-elle une victime ou la bourreau, une certitude s’installe au creux de son ventre. Lucie ne reviendra pas.
Récit psychologique, roman noir, La cascade sans issue raconte de façon déconstruite l’arrivée au camping, la disparition et les mois qui suivent celle-ci à travers le regard d’Arthur. Complexifiée par la structure anachronique, l’intrigue reste brève et peut rejoindre un lectorat intermédiaire. Attention, cœurs sensibles s’abstenir.
Mais quelle claque ! Je ne devrais pas être surprise avec Guillaume Guéraud, je sais, lui qui a signé Je ne mourrai pas gibier, un livre d’une rare force, mais bon, justement, je ne m’attendais pas à être autant remuée. Et pourtant.
Si cette fois on est dans le moins sanglant, cette lecture n’en est pas moins marquante et m’a happée dès le départ grâce à ces premiers mots :
« Ma sœur s’appelait Lucie. Elle avait quatre ans de plus que moi. Elle était toujours de bonne humeur et rien ne lui faisait peur.
J’écris ça au passé – mais c’est pas de la littérature.
J’écris ça au passé parce que, même si c’est pas sûr et même si mes parents m’interdisent de le penser, je crois qu’elle est morte. »
Il y a dans la narration d’Arthur, dans cette suite de phrases courtes et lucides, une sensation de froid, de détachement, de résignation qui traverse les pages et influe sur notre perception. On n’est pas ici dans un thriller où on espère une fin heureuse, on est dans une chronique presque du quotidien, l’horreur du banal, du « pas de chance » et c’est ce qui rend l’ensemble encore plus glaçant.
J’ai parcouru l’ensemble de ce roman en apnée, sur la pointe des pieds, retraçant le fil des évènements à travers la narration fragmentée et déconstruite d’Arthur (qui est tout à fait raccord avec sa propre incompréhension) jusqu’à cette finale qui, oui, offre des réponses… sans les donner toutes. Sans fournir de résolution satisfaisante, comme souvent dans la vraie vie.
Et c’est sans doute la force de Guillaume Guéraud : c’est de la littérature, mais pas celle qui embellit la réalité, induit un sentiment de compréhension, c’est plutôt de la littérature du vrai. La réalité qui laisse des trous dans le ventre.
Le petit plus perso ? Il y a eu un évènement terrible à Montréal ces jours-ci qui a fait trembler la femme en moi. Et ce livre résonne fort. Parce que ce qu’il arrive à Lucie, sans divulgâcher, c’est aussi parce que certains hommes refusent de se faire dire non, s’insurgent qu’on méprise leur vulgarité quand elle éclate. Et se vengent. En terminant le livre, c’est ce qui m’est resté, cette peur au ventre de la violence (trop) facile. Terrifiant.





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