







1907. Comme son père avant lui, Pierre prend la route de la mer avec les Islandais, ces pêcheurs partis six mois par année loin de leur Bretagne pour ramener du poisson. Le verbe partir fait battre son cœur, mais ce n’est pas tant pour la vie sur le bateau. Plutôt parce que l’espoir le taraude, cet espoir que son père jamais revenu soit encore vivant quelque part, de l’autre côté. Et cet espoir le fera tenir sur l’Apogée même si la vie y est plus harassante qu’il aurait pu l’imaginer, malgré les marins aguerris qui l’ont pris en grippe. Plus ou moins protégé par son oncle, capitaine du bateau, Pierre devra faire face à la traversée avec tout ce qu’elle comporte s’il veut atteindre son objectif…
Récit initiatique, d’apprentissage, À fleur de flots parle de transmission, d’appartenance et de cet appel de l’ailleurs qui est parfois plus puissant que la raison. Bien que court, le roman est complexifié par le rythme lent de son écriture et la richesse de son vocabulaire. Pour un lectorat intermédiaire et avancé.
Qu’est-ce qui fait la littérature pour adolescents ? C’est la question que je me suis posée au début de ce texte qui, bien que mettant en scène un garçon de 14 ans, oui, est ancré dans une langue plus adulte, dans des émotions profondes qu’on prend rarement autant le temps de déplier en jeunesse. Par exemple quand la mère prépare le départ de son fils en faisant son baluchon :
« Des gestes de départ qu’elle connaissait par cœur et qui, si elle les effectuait sans y penser quand il s’agissait de son époux, prenaient ici une drôle d’épaisseur. »
Et puis il y a les illustrations au crayon de Claude K. Dubois qui ajoutent à la fois de la douceur et un aspect plus enfantin à l’ensemble. Est-ce ce qu’on appelle un récit tout public ? Peut-être.
Dans tous les cas, c’est à un voyage que nous invite Anne Loyer, elle qui donne l’impression d’avoir connu l’époque, la dureté des conditions sur les bateaux, la rudesse des manières aussi, les petites jalousies et grands désespoirs qui font boire, amènent parfois à se venger sur les autres. Il ne se passe en fait pas grand-chose dans cette histoire, mais l’épopée est intérieure, du début jusqu’aux dernières pages, avec une finale particulièrement sensible, dans la lignée de ce qui l’a précédée tout en étant surprenante dans la direction empruntée.
À noter : comme souvent chez D’Eux, la langue est magnifique, sans frontière. Ça donne des textes musicaux et élégants, mais aussi plus ardus à saisir pour certain·es, sachez-le !





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